Cameroun : Disparition du Jean BIKOKO Aladin, le père de l’assiko

Photos : DR

dimanche 25 juillet 2010, par Minsili ZANGA

Jean Bikoko Aladin, figure emblématique de l’assiko (rythme du peuple basa’a au centre du Cameroun), s’est éteint jeudi 22 juillet. Agé de plus de 70 ans, le chanteur, malade, avait été admis à l’hôpital central de Yaoundé pour y être opéré. il y est décédé, un grand vide pour la culture et la musique camerounaise.


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D’après un article du site du journal Le Messager [1] dont un journaliste s’est rendu sur place à l’hôpital central de yaoundé : "Jean Bikoko Aladin qui y a été conduit par sa famille la veille souffrait d’une hernie. Il a été reçu au service de réanimation." L’article souligne que la prise en charge du musicien a bien commencé, mais "apparemment, il est arrivé très tard au regard de l’avancée de sa maladie.", et cite la propre femme de l’artiste qui dit : "Vous savez, il était aussi déjà âgé."

Le quotidien Le Jour [2]revient quant à lui sur les heures qui ont précédé et suivi le décès du musicien, en citant la femme de Jean Bikoko Aladin : "Mon époux se plaignait d’une douleur gastrique. A Eséka, où nous vivons, les médecins ont demandé de l’emmener à Yaoundé pour un meilleur suivi. Nous nous sommes rendus à l’hôpital central. A 4 h du matin, juste après l’intervention chirurgicale, l’administration de l’hôpital a exigé qu’on paye 80 000 Fcfa pour qu’il soit admis en réanimation. Nous ne les avions pas à l’instant, et ils l’ont laissé dans la salle d’hospitalisation où il a rendu l’âme." Le Jour fait aussi référence à un point qui apparemment tenait le chanteur à coeur, l’absence d’un hommage officiel de son pays : "La voie palpitante, le chanteur Kon Mbogol regrette que son père spirituel soit parti sans qu’il n’ait pu réaliser un duo avec lui. Il regrette aussi que celui-ci quitte ce monde sans avoir reçu une distinction du gouvernement camerounais. ’A plusieurs occasions, de son vivant, Jean Bikoko Aladin a déploré d’être délaissé par les autorités de son pays’, rapporte Kon Mbogol."

Retour sur le parcours de Jean Bikoko Aladin

L’itinéraire de l’artiste avec le site du quotidien privé Mutations et le portail Afrisson.com [3] :

"Auteur, compositeur et interprète, [Jean Bikoko Aladin] a largement contribué à la popularisation de l’assiko par sa virtuosité et sa technique de jeu de guitare [...) Né à Eséka, une petite ville de la région du Centre, Jean Bikoko Aladin tombe amoureux de la guitare en écoutant des virtuoses de la commune de Bonepoupa comme Henri Hiag, Massing et surtout Albert Dikoumé considéré comme l’un des précurseurs de l’assiko contemporain. Dès lors, il commence à gratter sur des guitares de fortune en ronce ou en bambou qu’il fabrique lui-même. Installé plus tard à Song-Mbengue, la commune cosmopolite du célèbre footballeur Samuel Eto’o Fils, Jean Bikoko Aladin travaille comme ouvrier le jour. La nuit, muni de sa guitare, il anime les cabarets et bars du village sans jamais percevoir son cachet perçu par son manager. Jean Bikoko Aladin rejoint Douala, ville portuaire et capitale économique du Cameroun. Là, il exercera de petits boulots de blanchisseur et de cuisinier sans jamais perdre de vue la musique. Sa rencontre avec le virtuose de la guitare Alexandre Ekong, une grande vedette qui passe souvent à Radio Douala, va changer sa vie. Ce dernier lui explique les ficelles du showbiz et qu’il fallait être prêt à ’remplir deux grands barils d’eau de puits’ pour être invité à la radio. Aussitôt dit, l’ex-cuisinier du forestier Bienes à Bonepoupa, se met à la tâche et va pour la première fois interpréter sur les ondes deux compositions aux lignes de guitare tournoyantes et chantées en bassa (sa langue) : ’Mbimba’ (L’aura) et ’Koo wada a man lolo’ (Les petits pas du caneton). C’est le succès immédiat et le début d’une renommée nationale. Bientôt, le producteur Joseph Tamla du label ’Afrique Ambiance’ et l’ingénieur du son Samuel Mpoual le prennent sous leurs coupes. Quelques mois plus tard, ils produisent son premier 45 tours ’Mbimba/Koo wada a man lolo’ à la fin des années 1950 et Jean Bikoko Aladin perçoit ses premiers droits d’auteur s’élevant à 300.000 F CFA…Une fortune à l’époque. A cette époque où l’assiko est joué en acoustique (guitare, bouteille, fourchette), Jean Bikoko Aladin innove en accélérant la rythmique avec l’introduction de la guitare électrique, la contrebasse et les tambours, il y ajoute aussi la danse. Encadré par ses producteurs qui voient en lui une future grande vedette, il commence à tourner dans les divers clubs du littoral, partageant même la scène avec Manu Dibango.

Maître Jean Bikoko Aladin

Devenu la vedette de l’assiko, Jean Bikoko Aladin et ses Hetlers sont invités dans plusieurs pays d’Afrique et participent à nombre de manifestations officielles dont le Festival Culturel Panafricain d’Alger en 1969, l’année de la sortie de son 33T ’Wanda ntet’, et le Festival des Arts Nègres de Lagos en 1977. Entre-temps, Jean Bikoko Aladin ouvre dans sa ville natale d’Eséka un bar-restaurant auberge (1972), mais ce projet ne durera pas longtemps. Il assurera les premières parties de Tino Rossy et de Claude François en tournée au Cameroun et sera invité à dîner chez le couple Johnny Hallyday/Sylvie Vartan lors de sa venue en France.

Auteur de nombreux titres dont les populaires ’Di yanna’, ’Hiki djam ligwe nguen’, ’Makabo Maoo’, ’Saï mbog’, ’A yiga tjo me’, ’Wanda ntet’, ’Ndutu bakeke’ ou encore ’Jolie Yem’, Jean Bikoko Aladin réalise en 2003 ’Um Nyobe’, un album hommage à Ruben Um Nyobe, leader nationaliste camerounais et un des pionniers des indépendances en Afrique francophone né en 1913, et assassiné le 13 septembre 1958. Suivra en 2008 "Assiko Story" (CD/DVD). Considéré au Cameroun comme le "sorcier de la guitare", cet immense compositeur de l’assiko moderne est bien le maître de nombreux artistes dont Asta Djimbé Ngo-Oum Touk, Sam Babe, Samson Chaud Gars, Anny Gold, Anathole Duro, Défense, Mongo Mbea, Viviane Etienne, Paul Balomog, Fleur Devault, Kilama, Kon MBogol, Nella, Kristo Numpuby et bien d’autres encore…

Notes

[1] Le Messager

[2] Le Jour

[3] Mutations


Minsili ZANGA

Musique

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