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dimanche 5 février 2012

"Nous sommes des humanistes !" - Interview avec Thierry Sinda, homme de culture

Photo : DR

vendredi 23 avril 2010

Thierry Sinda homme de lettre, passionné et passionnant multifonction, ouvre les portes de son univers où se mêlent souvent nostalgie et combat. Auteur du recueil poétique "Voyage en Afrique à la recherche de mon moi enivré", il retrace dans cet œuvre un voyage à la rencontre de ses racines, de sa dualité culturelle, et de ce qui fait son essence. Un récit sur les routes de ses voyages à la rencontre de l’autre, au-delà du temps.

Français d’origine, Africain de coeur Thierry Sinda n’oublie pas son combat pour l’égalité des Hommes où chacun trouvera une place pour se construire. C’est dans ce sens qu’il crée un mouvement, "Union pour la nouvelle France", un parti politique à part entière qui se veut porte-parole de "ces oubliés de la république."

Okani : Comment vous définissez-vous ?

Thierry SINDA : Je suis enseignant-chercheur, journaliste, critique de cinéma pour le magazine Amina et président du "Printemps des poètes africains et d’ailleurs", association loi 1901 créée en 2006. Le festival du même nom organisera sa 7ème édition au printemps 2010. Je suis aussi président de "Générations diversité", (association loi 1901) qui lutte contre toutes les discriminations.

Okani : Votre père aussi était un grand poète. Est-ce qu’il vous a insufflé cet art ?

T.S : "On ne nait pas poète on le devient." Mon père, Martial Sinda était en effet le premier poète de l’AEF en 1956. Il obtint le grand prix de l’AOEF la même année et fit partie de la 3ème génération du mouvement de la Négritude à laquelle on peut adjoindre Bernard Dadié, Paulin Joaquim David et bien d’autres encore… Je n’aimais pas la poésie en particulier et je ne crois pas que ce soit génétique et transmissible. Je suis passé à la poésie par choc émotionnel : le premier choc a été une rencontre avec une fille. On écrit la lettre d’amour, un poème d’amour et une fois que la poésie est venue en vous, c’est un mouvement qui se perpétue. Je n’ai pas fait de poésie parce que mon père en fait, autrement je manquerais d’authenticité… Je m’inscris obligatoirement dans la continuité mais sans l’avoir cherché.

Okani : Comment peut on qualifier votre style ?

T.S : Un professeur me qualifiait comme un "Apollinaire noir." Apollinaire fait de la calligraphie, moi je m’inscris dans un art plutôt abstrait, une forme de cubisme. Je ne dessine pas l’objet dont je parle. Je fais plutôt de l’idéogramme, c’est-à-dire que je donne une forme à mon idée, lui permettant de suivre un mouvement.

Okani : Vous êtes l’auteur de "Voyage en Afrique à la recherche de mon moi enivré" ... Est-ce que ce recueil est une sorte de quête identitaire ? Ou juste un titre comme il peut en exister ?

T.S : Ce n’est pas un recueil de poèmes, c’est un drame poétique. Dans "Voyage en Afrique à la recherche de mon moi enivré", les poèmes peuvent se déguster individuellement comme de la poésie. Ou ce lire les uns après les autre pour créer le récit narratif d’un jeune français qui se rend en Afrique à la rencontre de ses racines. Il y a émerveillement et désillusion car il se rend compte qu’en Afrique il y a l’aliénation, la misère, le néocolonialisme. Je ne cherche pas à faire de l’art, c’est mon vécu, et il y a un côté autobiographique.

Okani : Vous êtes président printemps des poètes d’Afrique et d’ailleurs. Quand est née cette association ?

T.S : Le printemps des poètes a été créé par Jacques Lang et je me suis rendu compte que lors des 15.000 manifestations, il n’y avait jamais de représentation de la poésie noire. Très souvent quand vous êtes invité dans une manifestation poétique franco-française, vous ne pouvez pas exprimer tout ce qui se trouve dans votre poésie parce cela ne passera pas. Il y a avait un malaise. Beaucoup disaient : "on joue les poètes nègres de service". D’où mon idée en 2004 de réunir tous ces poètes et de faire un printemps des poètes d’Afrique et d’ailleurs. On reprend le thème proposé par le printemps des poètes nationale et on rajoute une spécificité pour que cela corresponde au profil des poètes conviés. Nous ne sommes pas sectaires. Notre festival est parrainé chaque année par un parrain du monde de la poésie. Le premier parrain était Jacques Rabemananjara, poète et homme d’Etat malgache, poète de la dimension d’un Césaire ou d’un Senghor qui a eu le grand prix de l’académie française pour l’ensemble de son œuvre, mort en 2005. Et dans le testament littéraire qu’il m’a laissé, il affirmait que notre initiative était bien, que cette association est louable dans le sens où elle permet aux poètes africains et d’ailleurs de se connaitre et de se faire connaitre. Notre problématique commun, c’est de porter la voix de la néo -négritude.

Okani : Quelles difficultés avez-vous rencontré lors de la mis en place de ce festival ?

T.S : Les difficultés, on en rencontrera toujours. Ce festival permet aux Noirs se réapproprier leur histoire et de la partager. Le combat en vaut la peine : réhabilitation de l’homme noir et sa culture... On popularise à travers des articles et on essaie de faire de la poésie. Cela permet aux uns et autres de se découvrir… La première édition du festival à la librairie Annie Bouet fut un moment magique. La librairie était pleine. Des sons de tam-tam ponctuaient les mots. Et les cultures se brassaient : l’Afrique se mélangeait avec Madagascar et avec la Caraïbe. Il y avait des expos Elvir Mauroy…beautés noires de C. Baudelaire. Faire connaitre ces écrits aux autres, c’est proposer un échange artistique et humain. Ce n’est pas un regroupement communautariste c’est un véritable message pour casser les barrières et enlever les préjugés, c’est redonner à la diversité toute sa matière.

Okani : En plus de votre engagement culturel et littéraire, vous êtes président de l’Association "Génération diversité" et aujourd’hui président de l’"Union pour la nouvelle France"... Comment et pourquoi passe-t-on d’un mouvement associatif à un parti politique ?

T.S : Je ne me suis jamais impliqué en politique c’est d’une part parce que la politique telle qu’elle se pratique en Afrique ne m’intéresse guère, et d’autre part parce qu’il me semblait impossible de s’imposer en tant que Noir en politique. Mais aujourd’hui, le profil de l’homme politique a cessé d’être un homme blanc de cinquante ans qui a fait l’ENA. De plus notre vie politique est dominée depuis plus de trente ans par les mêmes partis politiques traditionnels qui changent parfois d’appellation mais plus rarement de personnel politique , sauf quand il y a un changement naturel de génération... Au sein de l’association "Génération diversité" que je préside, nous avons décidé d’étudier la diversité en politique. Le constat a été le suivant : sur 520.000 conseillers municipaux il y en avait seulement 2.000 issus de la minorité visible ; sur 577 députés de l’Assemblée nationale, il n’y avait qu’une centaine de femmes et un seul député élu de l’hexagone issu de la diversité (George Pau Langevin). Sur les 209 conseillers régionaux d’Ile-de-France, il n’y a que trois conseillères noires. La société "blanche" ne veut pas intégrer d’autres éléments de la société française différentes mais façonnés de la même manière. Il y a un problème d’intégration du coté de la majorité qui ne veut pas ouvrir toutes les strates de la société à ces différences. C’est la raison pour laquelle avec un groupe d’amis, nous avions décidé de mettre en place l’"Union pour la Nouvelle France."

Okani : Qu’est ce qui différencie votre programme électoral des autres programmes électoraux ?

T.S : On se bat pour les idées et un programme large. On ne lance pas des débats pour stigmatiser certaines populations et accueillir le vote du front national comme le font certains. Toute notre action se concentre sur la banlieue. Il est inadmissible qu’il y ait des quartiers que l’on a abandonné. Les autorités ne peuvent y rentrer. Nous voulons redonner une autre face aux banlieues. Pour ce fait nous souhaitons un plan Marshall pour les banlieues. Notre programme comprend cependant trois grands axes :
- un axe sur l’éducation : des formations professionnelles pour les jeunes déscolarisés, des mini-lycées de la deuxième chance pour les jeunes adultes qui voudraient passer le Bac, une subvention systématique aux associations faisant du soutien scolaire dans des zones sensibles, idem pour les établissement intégrant des handicapés, un soutien financier pour les jeunes défavorisés qui poursuivent leurs études ou rentrent dans la vie professionnelle.
- un axe sur le logement : la construction de logements sociaux, l’anonymisation de la procédure d’attribution des logements sociaux, la location-vente systématique des logements sociaux.
- un axe transport et social : supprimer les tarifications des zones 4,5,6. Rendre tous les transports accessibles aux différentes formes de handicaps, créer la Maison des Anciens pour réinstaurer du lien social entre les générations et installer un dialogue interculturel... C’est un programme humaniste où l’homme est mis au premier plan.

Okani : Quels vœux faites vous ?

T.S : Lorsque nous aurons fait des listes à l’image de notre société plurielle et que nos idées auront été adoptées, nous aurons déjà gagné !

Okani : Pouvez vous nous rappeler votre agenda ?

T.S : La 7ème édition du Printemps des poètes d’Afrique et d’Ailleurs aura lieu en avril-mai, aucune date n’est encore proposée. Cette année la manifestation aura pour thème "50ème anniversaire de l’indépendance des pays d’Afrique", un hommage à ces hommes à la littérature engagée (Damas, Dadié, Senghor) qui ont lutté contre le colonialisme et pour la restitution de la dignité noire. Propos recueillis par OKANI - Culturefemme

En savoir plus :

www.unionpourlanouvellefrance.com

www.neonegritude33.afrikblog.com

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